Risque de crédit
Les trois briques qui mesurent le risque de non-remboursement (PD, LGD, EAD) et la perte attendue qu'elles permettent de calculer, avant de les retrouver appliquées au risque de contrepartie.
Mesurer le risque de crédit revient à répondre à trois questions distinctes, dont la combinaison donne la perte attendue d'un prêt ou d'une obligation.
Les trois briques
PD : quelle est la probabilité de défaut ?
La PD (Probability of Default) est la probabilité qu'un emprunteur fasse défaut sur une période donnée, généralement un an. Elle est souvent estimée à partir de la notation de crédit de l'emprunteur, attribuée par des agences spécialisées (Moody's, S&P, Fitch) : une entreprise notée AAA a une PD historique très faible (souvent bien moins de 0,1 % à un an), tandis qu'une entreprise notée B ou moins peut avoir une PD de plusieurs pourcents.
LGD : que perd-on vraiment en cas de défaut ?
La LGD (Loss Given Default) est la part du montant exposé réellement perdue si le défaut a lieu, exprimée en pourcentage. Un défaut ne signifie pas une perte de 100 % : l'emprunteur ou ses actifs permettent souvent de récupérer une partie de la créance (via une procédure de faillite, la vente de garanties). Une LGD de 45 % signifie qu'en moyenne, 45 % du montant exposé est perdu en cas de défaut, les 55 % restants étant recouvrés.
EAD : combien est réellement exposé ?
L'EAD (Exposure At Default) est le montant réellement exposé au moment du défaut. Pour un prêt classique à taux fixe, c'est simplement le capital restant dû à cet instant, connu à l'avance selon l'échéancier de remboursement. Ce sera beaucoup moins simple pour un produit dérivé, comme le montrera le module suivant.
La perte attendue
Ces trois briques se combinent pour donner la perte attendue (Expected Loss, EL) d'une exposition de crédit :
Une banque a prêté 1 000 000 € à une entreprise notée BB, dont la PD à un an est estimée à 2 %. La LGD estimée pour ce type de prêt est de 45 %. L'EAD est le capital restant dû, ici 1 000 000 € (prêt in fine).
La perte attendue sur ce prêt est de 9 000 € par an. Ce n'est évidemment pas ce qui va se passer concrètement (soit l'entreprise rembourse intégralement, soit elle fait défaut et la banque perd environ 450 000 €) : c'est une moyenne statistique, utile pour provisionner et pour comparer des expositions de crédit entre elles.
Perte attendue et perte inattendue
La perte attendue (9 000 € dans l'exemple) est ce qu'une banque provisionne en routine, en la répercutant dans le prix du crédit accordé. Mais une banque doit aussi se prémunir contre la perte inattendue : le fait que la perte réelle, une année donnée, dépasse largement la moyenne si plusieurs emprunteurs font défaut simultanément (par exemple pendant une récession). C'est ce risque de queue de distribution, analogue à ce que la VaR cherche à capturer pour le risque de marché, qui détermine le capital réglementaire qu'une banque doit détenir.
Ce qui va changer dans le module suivant
Les trois briques PD, LGD et EAD restent valables pour le risque de contrepartie. Ce qui change fondamentalement, c'est l'EAD : pour un produit dérivé comme un swap, l'exposition au moment d'un défaut hypothétique futur n'est pas un montant fixe connu à l'avance, mais une valeur qui dépend de l'évolution des marchés entre aujourd'hui et ce moment. Calculer cette EAD devient donc le problème central du risque de contrepartie, et c'est exactement par là que commence le module suivant.
- Le risque de crédit se mesure par trois grandeurs : la PD (probabilité de défaut), la LGD (part perdue en cas de défaut) et l'EAD (montant exposé au moment du défaut).
- La perte attendue se calcule comme : une moyenne statistique, pas une prédiction de ce qui va se passer sur un cas précis.
- La perte inattendue (le risque que la perte réelle dépasse largement la moyenne) détermine le capital réglementaire qu'une banque doit détenir, au-delà de la simple provision pour perte attendue.
- Pour un produit dérivé, l'EAD n'est plus un montant fixe : c'est le sujet du module sur le risque de contrepartie.