Typologie du risque financier
Cinq grandes familles de risque financier (marché, crédit, contrepartie, liquidité, opérationnel) et pourquoi les distinguer change la façon de les mesurer.
Le mot "risque" est utilisé en finance pour désigner des choses assez différentes. Avant de pouvoir mesurer quoi que ce soit, il faut savoir de quel risque on parle : chaque famille se mesure avec des outils différents, et se gère avec des leviers différents.
Les cinq grandes familles
Risque de marché
Le risque de marché est le risque que la valeur d'un actif détenu varie à cause de mouvements de marché : un prix d'action qui baisse, un taux d'intérêt qui monte, une devise qui se déprécie. C'est le risque déjà rencontré dans le module précédent (volatilité d'une action, sensibilité d'une obligation aux taux). Il se mesure typiquement avec la VaR, couverte dans l'article suivant.
Risque de crédit
Le risque de crédit est le risque qu'un emprunteur ne rembourse pas ce qu'il doit : une entreprise qui fait défaut sur ses obligations, un particulier qui ne rembourse pas son prêt. C'est un risque de perte en cas de défaut d'une contrepartie déjà connue à l'avance (un débiteur), sur un montant généralement fixé dès le départ. Il est couvert en détail plus loin dans ce module.
Risque de contrepartie
Le risque de contrepartie est une variante importante et plus subtile du risque de crédit : le risque qu'une contrepartie fasse défaut alors que l'exposition envers elle n'est pas un montant fixe connu à l'avance, mais un montant qui varie dans le temps en fonction des marchés, comme on l'a vu avec l'exemple du swap de taux à la fin du module précédent. C'est le sujet du module 3, le cœur de ce site.
Risque de liquidité
Le risque de liquidité est le risque de ne pas pouvoir vendre un actif rapidement sans accepter une forte décote, ou de ne pas pouvoir honorer une obligation de paiement immédiate faute de liquidités disponibles, même si on est solvable sur le fond. Une entreprise parfaitement saine peut faire faillite si elle ne peut temporairement pas honorer un paiement, alors même que la valeur de ses actifs dépasse largement ses dettes.
Risque opérationnel
Le risque opérationnel est le risque de perte lié à des processus internes défaillants, des erreurs humaines, des systèmes défaillants, ou des événements externes (fraude, panne informatique, catastrophe naturelle). Contrairement aux autres catégories, ce risque ne dépend pas directement des marchés financiers.
Pourquoi cette distinction compte
Une banque prête 10 millions d'euros à une entreprise sur 5 ans, à taux fixe : c'est du risque de crédit classique. Le montant exposé (10 millions, moins ce qui a déjà été remboursé) est connu à l'avance à chaque instant.
La même banque signe aussi un swap de taux d'intérêt de 5 ans avec cette même entreprise. Si l'entreprise fait défaut, la perte de la banque dépend de la valeur du swap au moment du défaut, qui peut être positive, négative ou nulle selon l'évolution des taux entre-temps. C'est du risque de contrepartie : même émetteur, même horizon, mais un mécanisme de risque fondamentalement différent, parce que l'exposition elle-même est incertaine, pas seulement le remboursement.
Cette distinction n'est pas un détail académique : elle détermine directement comment chaque risque est mesuré (un montant fixe pour le crédit classique, une distribution de valeurs futures possibles pour le risque de contrepartie), et donc comment une banque doit provisionner du capital réglementaire pour chacun.
- Le risque de marché est le risque de variation de valeur d'un actif détenu, dû aux mouvements de marché.
- Le risque de crédit est le risque de non-remboursement d'un montant généralement connu à l'avance.
- Le risque de contrepartie est une forme de risque de crédit où le montant exposé varie lui-même dans le temps en fonction des marchés : c'est le sujet central de ce site.
- Le risque de liquidité et le risque opérationnel complètent le tableau, mais suivent une logique différente des trois précédents.